"La Relation France-Algérie"

 

CYCLE DE COLLOQUES France-Algérie

 

Une fois la phase historique particulièrement douloureuse de la colonisation dépassée, les relations entre l’Algérie et la France ont été caractérisées par des évolutions contrastées. Notamment en raison des luttes conduites dans chaque pays par divers acteurs politiques et sociaux articulés autour d’enjeux de mémoire, principalement.

 

Au final, en termes de politiques officielles définissant les relations entre les deux pays, si, du côté algérien, la posture demeure relativement constante, en France elle évolue de manière plus ou moins significative en fonction de certaines positions politiques des pouvoirs en place.

 

Or, d’une manière ou d’une autre, les fluctuations affectant les relations algéro-françaises influent directement sur la vie de la communauté de chacun des deux pays vivant dans l’autre et ce, dans les domaines les plus divers qui en caractérisent les activités.

 

Afin d’améliorer l’état des relations entre la France et l’Algérie, des personnalités et organisations issues des sociétés civiles des deux pays agissent depuis longtemps sans ménager leurs efforts. Et c’est dans la droite ligne de ces actions que le cycle de colloques qui traite de la relation France-Algérie dans les domaines politique, économique, de l’éducation/culture, de la société civile est lancé entre février et novembre 2017.

 

Organisé par un collectif d’associations issues de la société civile œuvrant en France, ayant toujours milité pour un rapprochement entre les deux pays, et parrainé par la Mairie de Paris, ce cycle de colloques verra l’intervention de personnalités algériennes et françaises connaissant de près la vie politique, économique et sociale des deux pays, en raison de leur expérience notable dans les domaines concernés. Et toutes animées du même esprit de coopération visant à établir des logiques allant dans le sens du renforcement durable des intérêts mutuels des deux pays.

Les travaux du colloque permettront aux participants de débattre sereinement de tous les thèmes abordés.

  

Les associations organisatrices

 

Coup de soleilhttp://coupdesoleil.net/

FFA (Forum France-Algérie), http://www.forumfrancealgerie.org/

AIDONS (Association Internationale pour le Développement des Opportunités Nord-Sud), www.aidons.eu

AFA (Association France Algérie), http://www.asso-france-algerie.fr/

Touiza Solidarité Ile de France, http://www.touiza-solidarite.org/ 

 

 

Compte rendu du colloque « France-Algérie  du 21 février 2017 : Aspect politique

 

Les travaux du colloque se sont déroulés dans une salle aimablement mise à leur disposition par la Mairie du 3° Arrondissement et ont été inaugurés par une déclaration de M.  Pierre Aidenbaum de l’Arrondissement.  Ils ont réuni près de 100 personnes représentant toute la diversité des milieux intéressés par la problématique du Colloque et notamment pour ce qui concerne la parité hommes-femmes.

Après les mots chaleureux du Maire de l’Arrondissement, M. Pierre Aidenbaum, qui a notamment excusé l’absence de M. Klugman - Adjoint à la Maire de Paris, chargé des relations internationales et de la francophonie) - Madjid Chaker, président d’AIDONS, prit la parole pour remercier la Ville de Paris qui avait accepté d’assurer le parrainage du colloque, ainsi que M. le maire du 3 Arrondissement et sa Directrice de Cabinet, Mme Sabrina Boussouar qui, malheureusement absente pour des raisons de santé, doit être vivement saluée pour l’organisation impeccable de la logistique du colloque.

La parole fut ensuite donnée à Mme Nadia Bey, journaliste à Radio Orient, qui officia comme modératrice et assura sa tâche avec maitrise et professionnalisme.

Elle lança fort habilement les travaux du Colloque à partir de la déclaration de M. Emmanuel Macron, faite à Alger, à propos de la qualification de la colonisation comme crime contre l’humanité et qui, ensuite, occupera une partie des interventions et du débat. Tout comme la question de la qualification de ce qui s’est passé entre 1954 et 1962 comme « événements d’Algérie » et non « guerre d’Algérie ».

Ceci dit, pour la plupart des intervenants, il est clair qu’il convient de laisser l’écriture de l’Histoire aux historiens et de se concentrer sur la réalisation d’actions communes dans les différents domaines de la coopération entre les deux pays.

 

Les interventions

 

Abordant la période 1980-1990, Abdou Bendjoudi retraça les événements post indépendance et la décennie noire des années 90. Il insista sur la relation « molle » entre les gouvernements français dirigés par Valérie Giscard-d’Estaing et François Mitterrand d’une part, et les gouvernements algériens de Houari Boumediene et Chadli Bendjedid    

               

Jean-Yves Autexier présenta une situation de la relation France et l’Algérie, dans la période actuelle et spécialement depuis 2012, marquée par un « réchauffement » réel. Il en exposa les principaux acquis en matière diplomatique (Mali, Libye, Sahel), en matière politique, et dans le domaine économique (grands investissements, mission de M. Levet, Haut Représentant pour la coopération industrielle) ou encore dans les échange entre les hommes et les idées (700 accords de coopération universitaires, 23 000 étudiants algériens en France, nombre de visas porté à 430 000 en 2016, co-éditions, co-productions cinéma…). Ces coopérations gagneraient beaucoup à être développées à plus vaste échelle. Elles se heurtent à des adversaires bien connus : en France, les nostalgiques de l’Algérie française, petite minorité mais très active, ceux qui se réjouissent chaque fois que l’Algérie rencontre une difficulté et qui ont manqué au devoir de solidarité dans les années noires (« qui tue qui ? ») Elle connait aussi ses adversaires en Algérie : ceux qui veulent réduire le pays à une seule de ses composantes et voudraient couper les liens avec l’Europe. Mais ces courants sont minoritaires et peuvent être marginalisés. C’est le rôle de celles et ceux qui ont compris l’importance stratégique pour nos deux peuples, de relations fécondes.

 

 

Après avoir rapidement décrit la relation actuelle entre la France et l’Algérie : (coopération, actions communes, résultats positifs notamment en matière diplomatique et sécuritaire en Afrique et au Moyen-Orient), Hasni Abidi nous proposa une analyse « complète » et documentée des domaines où français et algériens devraient coordonner et compléter leurs actions côté français et européen d’une part, et algérien et africain d’autre part.

 

 

M. Jacques Fournier, s’appuyant sur le contenu de son livre, nous fournit une analyse nostalgique de sa vie algérienne des années 30/40. Né à Epinal, « par hasard » sa maman devant aller accoucher chez sa sœur en France, Jacques est algérien qui a fait des allers-retours dans sa jeunesse entre la France et l’Algérie. Il a épousé la fille d’un intellectuel algérien aujourd’hui redécouvert dans son pays, Mohand Tazerout.

Ses « vies » dans les deux pays lui permettent de porter un œil autorisé sur la relation entre français et algériens, entre la France et l’Algérie.

Il insista sur les difficultés de l’Algérie dès l’indépendance (départ massif des cadres et techniciens français qui laissa le pays dans une situation de désorganisation)

Haut fonctionnaire de l’Etat français durant les années 80/90, Jacques travailla au Maroc où il a pu comparer la situation de pays, non « colonisé » par la France et l’Algérie, entité française. Il explique ainsi ce qui a pu faire que la France et l’Algérie n’ont jamais pu trouver un équilibre dans leurs relations.

L’évocation pleine d’émotion de son « Algérie retrouvée » raviva le souvenir des participants issus de la même région que Jacques.

 

Les conférences, déjà riches par leur contenu et leurs différents angles d’attaque, étaient constamment relancées par des citations, des questions que Nadia Bey apportait comme contribution et dont le but, atteint, était de maintenir présent l’intérêt de l’assistance pour thèmes abordés.

 

Le débat qui suivit les conférences fut riche, animé et sans tabou. De nombreuses questions portèrent sur le rôle des différents gouvernements français et algériens dans les tentatives de construction d’une relation d’exception ou apaisée.

 

Les algériens et les français (dont ceux d’origine algérienne) ont regretté que l’on ne puisse pas enseigner en France l’histoire de la colonisation. Ils suggèrent que les autorités algériennes cessent de prendre en otage les citoyens et leur mémoire et qu’ils enseignent la « vraie » histoire de la guerre d’Algérie.

Beaucoup de jeunes algériens qui ne trouvent pas facilement de tribune pour exprimer leur mal-vie et leurs frustrations saisirent l’occasion du débat pour fustiger les mauvais traitements dont ils sont l’objet de la part d’une bureaucratie incompétente et aveugle.

La question des visas a naturellement été évoquée pour reprocher aux consulats français en Algérie de continue de refuser ces visas aux algériens qui désirent venir en France comme « touristes » ou pour visiter leurs familles.

 

Le débat se poursuivi autour d’un sympathique verre de l’amitié gentiment offert par la mairie du 3ième arrondissement de Paris.

 

 

 

Compte rendu du colloque « France-Algérie  du 17 mai 2017 : Aspect économique

 

Le futur ambassadeur de France en Algérie donne le ton: «Il faut passer à l’étape supérieure»

 

«Nous constatons qu’entre la France et l’Algérie se développent des discours généraux, voire creux. Il

faut maintenant passer à une étape supérieure, à une période de projets concrets.»

C’est ce qu’a déclaré, mercredi à Paris, Xavier Driencourt, futur ambassadeur de France en Algérie lors d’une rencontre intitulée "La relation France-Algérie : hier, aujourd’hui, demain" ; organisée par des

associations franco-algériennes, rapporte l’Aps.

L’ambassadeur français, qui rejoindra dans un mois son poste a, en substance, souligné qu’ «avec le nouveau président français, Emmanuel Macron, et son Premier ministre, Edouard Philippe, nous allons vivre une période passionnante et exceptionnelle.»

Driencourt a surtout insisté sur le fait qu’il faudra, entre les deux pays, faire avancer des projets

concrets et précis, après les avoir identifiés et définis, suggérant de construire ce partenariat dans un cadre plus large qui engloberait les trois pays du Maghreb (Algérie, Tunisie, Maroc) avec les trois autres pays du Nord (France, Italie et Espagne).

Dans ce sens, il a appelé les binationaux à jouer un rôle important dans le raffermissement des liens entre la France et l’Algérie en intégrant des projets dans les divers domaines et faire un travail utile pour les deux pays» explique-t-il.

 

Il est à rappeler que Xavier Driencourt, qui se définit résolument comme ‘’l’ami de l’Algérie’’, a déjà occupé le poste d’ambassadeur à Alger durant la période 2008-2012,  à l’issue de laquelle il a laissé une forte impression.

 

 

Compte rendu du colloque « France-Algérie : Education, Culture » du 25 octobre 2017

 

Parmi les principaux indices du succès du colloque, il est possible de mentionner : un lieu prestigieux, une assistance importante et diversifiée, des conférences de haut niveau, de nombreux témoignages nombreux et un débat riche, passionnant et passionné.

Accueil/ouverture : dans une très brève intervention, Madjid Chaker, président d’AIDONS salue les participants et remercie la Mairie de Paris pour la mise à la disposition des travaux du colloque du très bel espace qu’est l’Auditorium. Puis, le représentant de la mairie de Paris, Arnaud Le Gall, souhaite la bienvenue à tous et transmet le salut amical de la Maire de Paris pour qui le thème central du colloque - la relation France-Algérie - est particulièrement cher. En témoigne, entre autres, la récente participation d’Anne Hidalgo à l’hommage récemment rendu aux victimes algériennes des tragiques évènements du 17 octobre 1961, à Paris. Au cours de son allocution, Arnaud Le Gall souligne également l’attachement d’Anne Hidalgo au rapprochement et à la coopération entre Paris et Alger. A cet égard, il insiste dans ses propos sur les actions et projets menés ou en cours entre les deux villes tels que la coopération en matière d’urbanisme, la relance des travaux de mise à niveau du jardin du Hamma, l’accompagnement de la mise en place de l’école des ingénieurs de la ville (située à Tlemcen) pour renforcer les capacités professionnelles de l’échelon local, la participation au développement de l’économie numérique et l’ accompagnement de start-up algériennes, l’exposition de « la scène artistique » par des photographes algériens à la Cité Internationale des Arts à Paris (exposition parrainée par Mourad Boudjellal, président du club de Rugby de Toulon).

Puis, Madjid Chaker ouvre les travaux de la soirée par un bref rappel de la naissance de l’idée d’un colloque consacré à la promotion des relations entre la France et l’Algérie. Lancée au milieu des années 1990 par une poignée de Français d’Algérie et d’Algériens vivant en France, cette idée est finalement abandonnée par « manque de combattants ». Elle sera reprise en 2016 avec la participation de plusieurs associations animées par la volonté de renforcer les relations entre la France et l’Algérie dans l’intérêt bien compris des peuples des deux pays. Enfin, il annonce les différents thèmes qui seront évoqués au cours de la soirée par d’excellents conférenciers : langues – arabe, français, tamazight - université, histoire, francophonie, coopération, démocratie, culture….

Aissa Kadri traite de la situation de l’université algérienne : fonctionnement, difficultés, transformation… Il rappelle l’histoire des institutions d’enseignement et de recherche existantes ou créées au lendemain de l’indépendance. Il aborde les périodes d’arabisation et l’islamisation de l’école algérienne et sa transformation depuis les années 70. Il décrit les problèmes de l’enseignement en général en Algérie, qui se caractérise par la « massification » et la « désinstitutionalisation ». Il nous apprend qu’au lendemain de l’Indépendance, 12 000 enseignants européens, solidaires des enseignants algériens, ont assuré l’ouverture et le fonctionnement de l’école algérienne et que, dans les années 1960, plusieurs doyens de faculté étaient français. Il donne les chiffres de la fréquentation de l’école par les populations algériennes : 90,5 % de la population de l’Algérie n’envoie en 1953-1954 que 11,4 % d’élèves dans les différents ordres d’enseignement alors que la minorité européenne qui ne représente que 10 % de la population en fournit plus de 80 %. Si un Européen sur 227 est étudiant en 1953-1954, seul 1 Musulman sur 15 341 l’est à la même époque. Il évoque l’histoire et le rôle du Centre algérien de recherche et de documentation en sciences sociales (Cerdess) créé par Pierre Bourdieu, épaulé par Abdelmalek Sayad.  Il cite le rôle d’André Mandouze dans la direction de l’Université d’Alger ainsi que sa démission au bout de quelques mois. Selon Aissa Kadri, l’arabisation a débuté en 1983 à l’occasion du processus de massification (processus différent de la démocratisation) de l’enseignement alors que l’enseignement catholique était nationalisé en 1986. Il souligne le phénomène d’une « islamisation » rampante de l’université soutenue par des groupuscules d’étudiants faisant la loi dans les établissements scolaires et universitaires. Enfin, il insiste sur le phénomène de « désinstitutionalisation » et de « retraditionalisation » de l’enseignement et précise le caractère politique du contenu et de la pédagogie en cours dans l’école algérienne.

Michèle Gendreau-Massaloux décrit brièvement la Francophonie politique et ses difficultés à convaincre l’Algérie de s’y associer. Elle rappelle l’organisation et le fonctionnement de l’opérateur majeur de la Francophonie, l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie), qui fut dirigée par Boutros Boutros Ghali puis par Abdou Diouf jusqu’à ce qu’en 2015 Michaëlle Jean en prenne la tête. Leurs appels à l’Algérie n’ont pas été entendus, alors qu’aujourd’hui un Algérien sur trois lit et parle le français. Elle souligne que, selon les analyses de linguistes algériens, la politique linguistique nationale s’avère peu cohérente : ni l’enseignement de l’arabe après l’arabisation de l’enseignement secondaire, ni celui du français n’ont donné les résultats qu’on était en droit d’en attendre. 

A l’inverse de l’OIF, l’Agence Universitaire de la Francophonie se développe en Algérie. Michèle Gendreau-Massaloux présente cette institution – à la fois Agence et Association internationale d’établissements d'enseignement supérieur et de recherche, qui regroupe plus de 800 établissements universitaires sur tous les continents dans plus de 100 pays – qu’elle a dirigée de 2000 à 2008. Elle précise qu’au moment de donner à cette Agence de nouveaux statuts, elle a demandé et obtenu que l’AUF ne soit pas dotée d’un statut d’organisme gouvernemental qui la soumettrait aux politiques. Le Conseil d’administration compte une majorité de représentants des universités et organismes de recherche, et une minorité de représentants des États.

Après la décennie noire, ce sont en majorité des femmes algériennes, directrices d’unités d’enseignement et de recherche en Algérie, qui ont demandé et obtenu l’adhésion de leur établissement à l’AUF. Aujourd’hui, la plupart des établissements algériens d’enseignement supérieur et de recherche sont membres de l’AUF, qui leur apporte un soutien pour que les enseignants préparent une thèse, améliorent leurs compétences linguistiques et pédagogiques, et que les étudiants s’inscrivent à des formations en ligne et à distance, à partir de campus numériques installés dans les universités, et obtiennent des mobilités qualifiantes.

Le fait pour l’Algérie de compter de nombreux locuteurs bilingues ou trilingues peut devenir une force, et parmi les langues dont la connaissance – et la reconnaissance – s’avère utile il ne faut pas dédaigner l’arabe dialectal : des travaux récents montrent que c’est une langue ancienne et riche. Son passé est lié aux différentes cultures dominantes qui depuis le XVIème siècle ont marqué l’Algérie, ainsi qu’à ses rapports avec d’autres pays méditerranéens comme l’Espagne ou l’Italie. Cette langue parlée, comme d’autres langues parlées du Maghreb, témoigne du fait que l’avenir des langues passe par le mélange : une langue qui ne se mélange plus devient une langue morte.

La vigueur de la société civile et sa capacité à dépasser les obstacles politiques se lit dans une création récente, que relate Michèle Gendreau-Massaloux qui a assisté à sa naissance. En 2013 a été lancé, à l’initiative de l’Académie des Sciences de France et pour répondre à la demande d’universitaires et de chercheurs d’Algérie, un projet de création d’une Académie des sciences et technologies d’Algérie (ASTA). Un rôle essentiel a été joué par le physicien Abderrahmane Tadjeddine, qui a collecté les dossiers en se rendant dans de nombreux centres universitaires et de recherche d’Algérie. L’ASTA compte aujourd’hui 46 membres dont onze femmes, choisis par un jury scientifique international venu des cinq continents. Elle est présidée par une femme, et représente avec vigueur une autre Algérie.

 

Tewfik Hakem aborde le thème de la culture en Algérie et les moyens de la porter à un niveau compatible avec le potentiel qui existe dans ce pays : les hommes, les lieux, les moyens. A la question de savoir si la culture est le parent pauvre en Algérie il répond que toute notre problématique ne doit pas se résumer à la langue. Il faut éviter le piège qui serait de privilégier les élites francophones notamment celles qui vivent en France et qui ne sont pas l’avenir de l’Algérie car, selon lui, la réalité se décide entre Algériens à Alger pas en France et il faut aller sur place, voir ce qui s’y fait. Il cite l’exemple de Jean-Marie Borzeix, ancien directeur de France Culture, qui va régulièrement à Constantine pour voir ce qui se fait sur place.  Il recommande également de ne pas faire le procès de l’arabisation. Ce à quoi Nadia Bey, « la maitresse de cérémonie » de la soirée, répond qu’il n’y a pas eu de procès de l’arabisation au cours des interventions de ce soir. Il revient sur la coopération entre la France et l’Algérie en matière de culture, qu’il soutient. Il cite le succès de nombreux écrivains tel, entre autres, Kamel Daoud et professionnels de l’édition comme la maison Barzakh.  Les langues font leur chemin en Algérie en empruntant les voies de la culture. Selon lui, de très nombreux Algériens parlent le japonais aussi bien, sinon mieux, que le français et ceci grâce aux publications, aux jeux et au cinéma japonais de plus en plus accessibles à tous les jeunes. En matière de cinéma, il affirme qu’il n’existe pas de coopération réussie. Des films de réalisateurs algériens (récemment « En attendant les hirondelles » de Karim Moussaoui ou « Les bienheureux » Sofia Djama) sont produits mais avec des financements principalement français ou belges. Parfois les algériens y sont totalement absents de ce financement. Après sa sortie en France, le film de Sofia Djama n’était pas assuré d’être projeté en Algérie. Il faut, insiste-t-il que le rapport à la culture cinématographique en Algérie change et qu’on y ouvre des salles de cinéma. Le conférencier encourage les industriels algériens de la diaspora à participer au financement des films algériens. La culture – la musique, le cinéma, le théâtre- a un coût et ce n’est pas à l’état de la financer. Il appartient à la société civile de faire vivre cette culture. Il enfonce le clou en précisant qu’en Algérie, il n’y a pas d’école de cinéma ou de théâtre en Algérie. Il cite un exemple de coopération réussie entre la France et le Maroc dans ce domaine : l’école de cinéma de Marrakech. D’ailleurs, selon lui, la coopération en matière culturelle doit être pensée entre le Maghreb et l’Europe. En matière de radio-télévision, il est convaincu que la coopération entre la France et l’Algérie est indispensable et qu’elle passe par de véritables formations et non des stages de quelques jours ou quelques semaines. Faut-il des projets concrets pour relancer la coopération franco-algérienne en matière de radio-télévision ? Il répond qu’on est à l’heure où chacun fait sa propre télé grâce aux outils technologiques modernes et faire de la « télé coopération d’état » n’a pas de sens.

Youcef Necib centre son intervention sur l’enseignement de l’arabe et du tamazight en France en insistant sur le rôle de l’INALCO et de ses prolongements.  Pour lui, la promotion de l’enseignement de l’arabe et du tamazight peut constituer un enjeu culturel important en France en tant que problématique identitaire. Il rappelle ce que Fernand Braudel appelle le voyage des cultures entre les rives de la Mer Méditerranée.  Il présente l’enseignement de l’arabe et du tamazight en France en mettant en perspective le rôle de l’ELCO (Enseignement des Langues et Cultures des pays d’Origine) et en rappelant que l’arabe classique était enseigné avant l’ELCO : Jacques Berque, lorsqu'il était conseiller de Jean-Pierre Chevènement, avait mis au point un modèle d'enseignement de l'arabe dans les lycées. Toutes les régions de France sont couvertes par cet enseignement : 7888 élèves suivaient l’enseignement de l’arabe en Île de France et il y en avait 29 233 à travers toute la France. Cela peut paraître insignifiant et ce, d’autant plus que cet enseignement avait lieu les samedis ce qui limitait les fréquentations des écoles. Dans les pays arabophones les langues arabes varient et elles évoluent en répondant à des besoins de progrès. C’est d’ailleurs ce qui fait qu’elles demeurent un organe vivant. M. Nacib note que l’ELCO fut l’objet de polémiques : les enseignants étant accusés d’être islamistes. Mais il insiste sur le fait que ces enseignants sont contrôlés par des inspecteurs de l’ELCO : un enseignant qui a dérapé a été sanctionné par la direction l'ELCO. A la suite de cette polémique, les autorités procédèrent à un redéploiement (toujours en cours) : la langue arabe serait une langue étrangère avec un statut international comme les autres langues. Certains redoutent que l’introduction de la culture dans l’enseignement des langues étrangères car elle peut être soupçonnée d’introduire des traits à caractère religieux. N’oublions pas dit-il que la langue est un trait de l’identité, selon que « l’étranger » est appelé à s’intégrer ou à s’assimiler. En cas d’intégration, on s’adapte aux règles de vie du pays d’accueil tout en conservant sa langue et sa culture. En cas d’assimilation, « à la Eric Zemmour », on est contraint de se défaire de sa langue, de sa religion, de ses souvenirs. Pour revenir à l’enseignement de tamazight qu’il n’a pas pu traiter, par manque de temps, Youssef Nacib signale que cette langue est enseignée dans 25 associations culturelles amazighes en France

Enfin, le débat qui s’ouvre est riche et passionné : vouloir traiter les thèmes du colloque en 3 heures conduit forcément soit à « interrompre », et donc frustrer les intervenants, soit à limiter le temps des débats, et ainsi décevoir le public, soit les deux. A cet égard, il faut signaler la maitrise des débats par Nadia Bey qui a su écouter, relancer et « laisser aller » les témoignages dans la salle. Cela a permis d’assister à de nombreuses interventions d’un public chaleureux, averti, curieux, conscient des problèmes que pose la situation de l’enseignement en contenu et en pédagogie en Algérie et de celle de l'enseignement l'arabe en France. On souligna notamment le risque de dérive vers l’inconnu des systèmes scolaire et universitaire algériens sous l’effet de la politique et de la religion.

Enfin, un prolongement sympathique autour d'un « pot » pris en commun dans le foyer, à côté de l’Auditorium, fut l’occasion pour un grand nombre de participants de continuer les discussions sur les thèmes traités et au-delà, de nouer des contacts ou de se promettre une nouvelle rencontre au prochain colloque.

 

 

RENDEZ-VOUS DEBUT 2018 POUR LA IVème session qui sera consacrée à la société civile.

 

2017

Jeudi 16 novembre                  2017

18 h à 19 h

 

INFORMATION SUR L'ACCOMPAGNEMENT

A LA CREATION D'ENTREPRISE

 

Sur inscription, par mail : contact@aidons.eu

 

 

25 octobre 2017

A 18h 30 à la mairie de Paris

Auditorium, hôtel de Ville

Paris 4ème

 

Relation

   France Algérie

 

27 septembre 2017

   Algérie en Mouvement! 

   du 27 au 30 septembre

 

Mercredi 27 septembre         18h30 - 22h

   à la Mairie du 2ème      arrondismt de Paris

17 mai 2017

A 18h 30 au CNAM

292, rue St Martin  Paris 3ème

 

Relation

   France Algérie

 

 

21 février 2017

A 18h 30 à la mairie du 3ème arrondissement de Paris

Relation

   France Algérie

 

 

18 et 19 février 2017

Hotel de Ville de Paris

 

 

2016

15 juin 2016

Le 15 juin 2016, AIDONS a déposé une demande de financement d'un projet en Algérie, dans le cadre du Paris Label Codéveloppement 2016.

 Le projet consiste en la création d'une maison de la jeune entreprise à Alger.

Notre projet n'a pas été retenu parce que l'association n'est pas domiciliée à Paris.

Ce sera chose faite pour 2017.

6 juin 2016

Le 6 juin 2016, AIDONS a déposé une demande de financement d'un projet en Algérie, dans le cadre du PRA/OSIM du Forim.

Le projet consiste en la création d'un centre d'accompagnement et de formation de porteurs de projet en Algérie.     Notre projet n'a pas été retenu. Nous attendons des explications.

18 mars 2016

 

Conférence sur le "Codéveloppement France-Maghreb" 

Salle SRV,

24 avenue Paul Raoult

Les Mureaux 

de 17 à 19h

 

En savoir plus >>

ACTUALITES

6 juin 2016