Compte-rendu colloque annuel d'AIDONS

Pour la troisième année consécutive, le colloque annuel d’AIDONS s’est déroulé dans le cadre prestigieux de la Mairie du Troisième arrondissement de Paris. Cette année, le public s’est pressé nombreux pour assister aux débats et c’est plus d’une soixantaine de personnes qui se sont rassemblées sous les boiseries second empire de la salle Odette Pilpoul.

 

 

Face au contexte économique difficile et potentiellement décourageant pour les porteurs de projets, AIDONS avait décidé d’orienter les discussions sur le thème du financement de la création d’entreprises en France et au Maghreb. L’objectif de cette orientation étant de montrer que, malgré l’aridité du climat économique actuelle, il existe toujours des sources de financement et que de nombreux organismes bataillent pour proposer des solutions innovantes aux entrepreneurs. 

Migration et développement

Après quelques remerciements et propos liminaires, Madjid Chaker, Président de l’association AIDONS a effectué une présentation sur les liens entre migrations et développement. Rappelant tout d’abord que la situation de l’emploi des jeunes au Maghreb était comparable avec celle des jeunes dans le sud de l’Europe, il a ensuite souhaité insisté sur le rôle important que joue les 6-7 millions d’immigrés résidant en France. Désirant ainsi tordre le cou à l’image mensongère de l’immigré n’occupant que des fonctions subalternes, il a rappelé qu’aujourd’hui en France, 30% des médecins étaient d’origine maghrébine et que la diaspora maghrébine occupait également une place très importante dans la création d’entreprise puisqu’en Île-de-France, celle-ci regroupe plus de 13 000 entrepreneurs, soit environ 10% du nombre total d’entrepreneurs de la région. La diaspora maghrébine constitue également un acteur économique très important puisqu’on évalue les transferts de fonds annuels à plus de 29 milliards de dollars. Madjid Chaker indique donc qu’en associant cette manne financière avec de judicieuses politiques d’incitations à la création d’entreprises et avec le dynamisme des porteurs de projets un avenir radieux peut se profiler pour les pays du Maghreb. Il souhaite donc qu’une dynamique vertueuse se mette en place pour inciter la population maghrébine à se tourner vers l’entrepreneuriat et à créer des activités productives et indique qu’AIDONS continuera à s’associer à ce combat en travaillant pour faciliter les démarches des entrepreneurs.

 

Un financement ne vient pas toujours des banques

Ce fut ensuite au tour de M. André Letowski, ancien directeur des études de l’APCE (Agence Pour la Création des Entreprises) de prendre la parole afin de faire un tour assez rapide sur les différentes sources de financement de la création d’entreprise. Il a tout d’abord tenu à rappeler que le financement d’une entreprise n’était pas une activité destinée exclusivement au secteur bancaire. Ainsi, outre l’emprunt bancaire, l’entrepreneur peut se tourner vers le crédit-bail, les garanties bancaires, le capital risque ou d’amorçage, les business angels… Rappelant que le financement d’une entreprise n’était pas simplement une activité liée à son démarrage, M. Letowski nous a également invité à considérer le financement de l’activité, et a ainsi prendre en compte des mesures de financement telles que le découvert bancaire ou le crédit de trésorerie. Afin de considérer un spectre encore plus large de financeurs, il a également évoqué le rôle de financeurs que pouvait assurer les fournisseurs, les réseaux d’enseigne, les organismes publics (à travers des subventions et appuis publics : PCE de la BPI, NACRE, aides fiscales régionales… ) et enfin les plateformes de financement participatif.

M. Letowski a également tenu à rappeler qu’un financement bancaire n’était pas toujours nécessaire et que les montants à déployer pour financer une création d’entreprises n’étaient pas toujours très élevés (44% ayant lancé leur activité avec moins de 8000 euros).

Si souvent le créateur s’adresse en premier lieu à sa banque personnelle, M. Letowski a insisté sur le fait qu’il était important de visiter plusieurs établissements bancaires afin de comparer les services. Selon lui, les banques ne sont pas des spécialistes des TPE, c’est pour ça qu’un accompagnement est important, voire nécessaire, et qu’il convient en fonction de la taille de son projet de s’orienter vers des structures qui peuvent apporter à la fois du financement mais aussi une expertise sur le montage du dossier de création d’entreprise et sur le suivi et la gestion de l’entreprise. Ainsi en fonction de la taille de l’entreprise, il recommande aux porteurs de projets français de s’adresser à l’ADIE (petits projets), à Initiative France (projets moyens), à France Active (gros projets) ou à Réseau Entreprendre. 

Initiative France : le prêt d'honneur à l'international

La transition fut alors toute trouvée pour laisser la parole à M. Bruno Casalan d’Initiative France qui a pu détailler le fonctionnement de sa structure. Le réseau Initiative France est une fédération de 230 associations locales réparties sur l’ensemble du territoire français et qui propose un accompagnement à la création d’entreprise, un prêt d’honneur et un accompagnement post-création sur la durée du prêt. Le prêt d’honneur a cela d’intéressant qu’il s’agit non pas d’un prêt à l’entreprise mais à l’entrepreneur, ce qui signifie que ce prêt rentre dans le capital propre de l’entrepreneur aux yeux de la banque. En 2013, 16 000 entreprises ont été accompagnées par Initiative France et cela a débouché sur la création de 40 000 emplois. Initiative France soutient tous les secteurs d’activités sauf les sociétés immobilières et les sociétés capitalistiques. Le prêt moyen accordé par Initiative France est autour de 8000 euros. A l’international, Initiative France s’est développé au Maroc et au Burkina Faso. La fédération d’association est également en plein développement en Tunisie dans le cadre de deux coopérations décentralisées avec le département de l’Hérault à Médenine et la région des Pays de la Loire à Gafsa. Pour Initiative France, l’objectif du déploiement de ces structures à l’international est de contribuer au renforcement des acteurs locaux du financement de la création d’entreprise. Ainsi les plateformes locales sont créées puis gérées par des associations tunisiennes et devront fonctionner à moyen termes uniquement avec des capitaux tunisiens. Aujourd’hui la plateforme de Médenine est opérationnelle et attire déjà beaucoup de porteurs de projets (150 porteurs de projets se sont présentés pour seulement 20 entreprises éligibles à un accompagnement). Initiative France désire également travailler sur un projet capable d’orienter les capitaux des diasporas et souhaite la naissance d’une véritable culture entrepreneuriale en Tunisie.

 

La BFPME est prête à aider les créateurs d'entreprises

Mme Gara Ali prit alors la parole pour présenter les actions mises en place en Tunisie pour favoriser le climat des affaires. En tant que directrices des études et des évaluations à la Banque de Financement des PME de Tunis. Elle a ainsi profité de son intervention pour expliquer les mécanismes de financements développés au sein de sa structure. La Banque de financement des PME est donc une banque nationale créée en 2005 qui prête de l’argent aux porteurs de projet dont le montant du projet est compris entre 100 000 et 10 000 000 de dinars. Son capital de 100 millions de dinars vient à 60% de l’état tunisien (Groupe chimique tunisien 22%, Tunisie Télécom 10%, Office de l’aviation civile et des aéroports 6% et office du commerce de Tunisie 2%). En plus du financement, la BFPME propose également une activité de conseil pour les entrepreneurs tout au long du cycle de vie du projet. Elle finance les investissements matériels et immatériels pour toute activité de production de biens ou de services à l’exception des activités de tourisme dont la composante principale est l’hébergement et de promotion immobilière destinée à l’habitation. La BFPME ne demande pas de garantie externe au projet. Elle accorde ses financements en s’appuyant sur un système de notations qui évalue 3 points : Le promoteur, le projet et la garantie. Les crédits proposés peuvent se dérouler sur une période de 2 à 10 ans et nécessite des cofinancements des banques classiques. LA BFPME fonctionne avec un système de garantie géré par la SOTUGAR qui propose de garantir le risque sur un montant qui peut aller jusqu’à 75% du montant du crédit.  Interviennent également dans les schémas de financement des projets financés par la BFPME les fonds spéciaux du trésor qui interviennent sous forme de dotations ou de participations pour renforcer les fonds propres des porteurs de projets (FONAPRAM, FOPRODI, RICTIC, FOSDAP…) et le capital risque qui participent dans le capital de l’entreprise pour boucler le schéma de financement (SICAR, FCPR, Fonds d’amorçage…)

LA BFPME a signé en 2011 une convention avec la coopération suisse pour mettre en place un fonds de 6,5 millions de dinars qui sera réparti en prêts d’honneur d’un montant allant de 5000 à 30000 dinars par projets et en chèques d’accompagnement pour des promoteurs d’un montant d’un maximum de 5000 dinars.

Une autre convention a été signée en 2013 avec un fond qatari et qui représente 15 millions de dinars. Ce fonds intervient essentiellement pour combler les fonds de roulement et pour financer le cycle d’exploitation des entreprises créées.

La BFPME est présente sur l’ensemble du territoire tunisien et s’appuie sur les relais étatiques de la création d’entreprise tels que les centres d’affaires, les technopôles, les guichets uniques et les pépinières d’entreprises.

Selon madame Gara Ali, l’ensemble de la procédure de validation d’un projet de l’idée jusqu’à la réalisation à travers un accompagnement au sein de la BFPME dure environ 20 mois. 

"La finance islamique : une finance éthique et alternative"

Suite à la présentation de Mme Gara Ali, AIDONS a souhaité donner la parole à M. Ghlamallah, directeur de l’IFSO (Islamic Finance Specialists Organisation) afin qu’il puisse nous présenter les mécanismes destinés à la création d’entreprise dans la finance islamique.  Pour ce faire, M. Ghlamallah a commencé par réaliser une courte introduction sur la finance islamique en la présentant comme une finance alternative, éthique et participative qui valorise le travail sur l’investissement. La finance islamique interdisant les intérêts et l’usure, elle a développé un système de prêt solidaire. Elle est aujourd’hui en pleine expansion et en moins de 6 ans les actifs mondiaux de la finance islamique sont passés de 462 à 1460 milliards de dollars.

Souhaitant orienter la discussion autour de la création d’entreprise, M. Ghlamallah a choisi de nous présenter deux instruments de financement participatif islamiques : La Mudaraba et la murashaka.

La mudaraba est un contrat de partenariat dans lequel une partie, disposant du capital, fournit à une autre partie, disposant de la force de travail, l’intégralité des sommes nécessaires au financement d’une activité économique dans l’espoir d’en partager les bénéfices. L’apport en capital doit être versé sous forme monétaire et non sous forme de créance et le volume du capital doit être clairement déterminé.

La Musharaka désigne, quant à elle, un contrat de partenariat en vertu duquel deux ou plusieurs associés mettent en commun des fonds pour mener à bien un projet et partager équitablement les résultats qui en découlent. La musharaka peut être permanente ou dégressive, un  des acteurs achetant les parts de l’entreprise à l’autre.

A suivi une présentation des divers organismes bancaires opérant une activité de finance islamique dans le Maghreb.

En conclusion M. Ghlamallah a souhaité que la finance islamique contribue au développement local et en réduisant le volume des garanties et des cautions pour que le financement islamique puisse atteindre le plus grand nombre.

Babyloan travaille sur un outil capable d'orienter les flux financiers des diasporas

Quentin Bévan, responsable de la communication chez Babyloan fut le dernier à prendre la parole et commença par une brève présentation de sa structure. Babyloan (bébé prêt en français) est une des plus anciennes plateformes de financement participatif en France. Agé aujourd’hui de 5 ans, elle représente 30 000 prêteurs solidaires (dont 80% se situe en France) qui ont prêté pour plus de 8 millions d’euros. Babyloan intervient actuellement dans 16 pays dont notamment le Maroc depuis près de 5 mois. Les prêts mis en place à travers la plateforme babyloan sont de l’ordre de 500 à 8000 euros et visent à aider des entrepreneurs dans le montage de petits projets. Babyloan fonctionne via des relais nationaux qui sont des instituts de microfinance. Ainsi l’argent collecté sur le site internet est ensuite transféré à l’IMF afin que celui-ci débloque les fonds pour le projet qui a reçu le soutien des internautes. Le taux de remboursement des prêts accordés par babyloan est de 100%. Ce qui est très important car cela permet de maintenir une relation de confiance avec les prêteurs et les incite à prêter à nouveau.

M. Bévan nous a indiqué que Babyloan travaillait pour une prochaine installation en Tunisie qui se baserait sur un possible partenariat avec l’institut de microfinance ENDA, mais que malheureusement la complexité de la législation actuelle en matière de rapatriement de capitaux empêchait pour l’instant la réalisation de ce projet. Un travail est également mis en place actuellement pour orienter les flux financiers des diasporas vers des projets productifs. Babyloan a ainsi été contacté par le gouvernement béninois pour développer un outil capable de mobiliser ces flux vers le financement participatif pour financer des projets de développements locaux. Une plateforme sera ainsi lancé d’ici deux mois pour mobiliser 50 000 euros et ainsi financer des projets de jeunes entrepreneurs béninois.

 

Suite à toutes ces interventions, la parole a été laissé à la salle et le public a pu poser de nombreuses questions aux intervenants afin d’obtenir plus de précisions et afin de faire part de leur expérience de la création d’entreprise au Maghreb.

 

La soirée s’est conclue autour d’un chaleureux verre de l’amitié qui a permis des discussions plus personnelles et des échanges bienvenus de cartes de visite. 

Si vous souhaitez avoir plus de renseignements sur les structures des intervenants, visitez leurs sites internet:

 

www.babyloan.org 

www.initiative-france.fr

www.apce.com

www.bfpme.com.tn

www.ifso-asso.com

 

 

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2017

Jeudi 16 novembre                  2017

18 h à 19 h

 

INFORMATION SUR L'ACCOMPAGNEMENT

A LA CREATION D'ENTREPRISE

 

Sur inscription, par mail : contact@aidons.eu

 

 

25 octobre 2017

A 18h 30 à la mairie de Paris

Auditorium, hôtel de Ville

Paris 4ème

 

Relation

   France Algérie

 

27 septembre 2017

   Algérie en Mouvement! 

   du 27 au 30 septembre

 

Mercredi 27 septembre         18h30 - 22h

   à la Mairie du 2ème      arrondismt de Paris

17 mai 2017

A 18h 30 au CNAM

292, rue St Martin  Paris 3ème

 

Relation

   France Algérie

 

 

21 février 2017

A 18h 30 à la mairie du 3ème arrondissement de Paris

Relation

   France Algérie

 

 

18 et 19 février 2017

Hotel de Ville de Paris

 

 

2016

15 juin 2016

Le 15 juin 2016, AIDONS a déposé une demande de financement d'un projet en Algérie, dans le cadre du Paris Label Codéveloppement 2016.

 Le projet consiste en la création d'une maison de la jeune entreprise à Alger.

Notre projet n'a pas été retenu parce que l'association n'est pas domiciliée à Paris.

Ce sera chose faite pour 2017.

6 juin 2016

Le 6 juin 2016, AIDONS a déposé une demande de financement d'un projet en Algérie, dans le cadre du PRA/OSIM du Forim.

Le projet consiste en la création d'un centre d'accompagnement et de formation de porteurs de projet en Algérie.     Notre projet n'a pas été retenu. Nous attendons des explications.

18 mars 2016

 

Conférence sur le "Codéveloppement France-Maghreb" 

Salle SRV,

24 avenue Paul Raoult

Les Mureaux 

de 17 à 19h

 

En savoir plus >>

ACTUALITES

6 juin 2016